Quiet cracking, un nouveau phénomène ?

03/01/2026

 « Quiet cracking » – ou craquage silencieux – décrit un phénomène de plus en plus répandu dans le monde du travail. Ce terme récent met en lumière une réalité ancienne : celle du mal-être au travail qui ne se manifeste pas par des cris, mais par un retrait progressif, un désengagement intérieur.

1. Une ancienne réalité sous un nouveau nom

Derrière ce concept à la mode se cache une forme de présentéisme, aussi appelée « burn in ». Les salariés viennent travailler même lorsqu'ils ne vont plus bien, incapables de s'arrêter pour préserver leur santé mentale. Selon certains psychologues, ce stade correspond à la « phase zéro » du burn-out, un moment où la personne n'est pas encore effondrée, mais déjà en souffrance.

2. Le désengagement comme mécanisme de défense

Le quiet cracking agit comme un réflexe de protection psychologique. Quand quitter son poste est impossible ou trop risqué, le salarié se détache émotionnellement pour se préserver. Cela peut se traduire par du cynisme, une baisse de motivation, une distance vis-à-vis des collègues, ou encore de l'irritabilité ou une volonté d'isolement. Ce désengagement partiel permet de tenir, mais érode le lien entre l'individu et son travail.

3. Les racines du malaise

Trois piliers essentiels à la santé mentale doivent être respectés au travail :

  • Disposer d'une autonomie réelle dans ses missions
  • Pouvoir exercer son expertise
  • Se sentir reconnu et valorisé.

Lorsque ces besoins fondamentaux ne sont plus satisfaits, l'engagement décline inévitablement. L'absence de reconnaissance ou de confiance mine la motivation et conduit progressivement à la désimplication.

4. Le poids du silence

Ce phénomène survient souvent dans des contextes où l'expression du mal-être est impossible. Par peur de paraître faibles ou incompétents, les employés taisent leur détresse. Chignard évoque ici le « syndrome de John Wayne », cette habitude à se montrer invulnérable malgré des conditions difficiles. S'ajoute à cela la précarité du marché de l'emploi : beaucoup préfèrent rester par crainte du pire, maintenant un « engagement de continuité » plutôt qu'un réel attachement à leur travail.

5. Comment en sortir ?

Pour les personnes concernées, le premier réflexe doit être de consulter un médecin afin d'évaluer la nécessité d'un arrêt. Parler de son mal-être à des proches ou collègues de confiance est également essentiel, car le soutien social agit comme un rempart contre l'effondrement psychologique. Reconnaître sa souffrance et chercher de l'aide permettent de rompre le silence, étape clé pour éviter le burn-out.

Le quiet cracking n'est pas une mode, mais le symptôme discret d'un monde professionnel sous tension. Derrière l'apparence d'efficacité, de nombreux salariés cachent un profond désengagement né d'un manque d'écoute et de reconnaissance. Identifier les signaux faibles et rétablir le dialogue autour de la santé mentale au travail deviennent donc indispensables pour prévenir l'effondrement collectif.